Trousse de secours bateau : le matériel médical à avoir à bord

trousse de secours bateau

Votre trousse de secours bateau est-elle vraiment adaptée aux risques que vous allez rencontrer en mer ? La Division 240 fixe une liste minimale de matériel médical obligatoire. Mais les données d’accidentologie montrent que cette dotation ne couvre pas les blessures les plus fréquentes à bord : brûlures, traumatismes articulaires, arrêts respiratoires après chute à la mer. Ce guide détaille le contenu réglementaire, les compléments justifiés par les statistiques et les produits disponibles pour compléter votre équipement ; avec un focus particulier sur la navigation avec des enfants.

trousse de secours bateau


Ce que la Division 240 impose dans votre trousse de secours bateau

La trousse de secours n’est obligatoire qu’à partir de la navigation semi-hauturière, au-delà de 6 milles d’un abri. En basique (jusqu’à 2 milles) et côtier (jusqu’à 6 milles), elle ne figure pas dans la liste du matériel imposé. Elle reste néanmoins vivement recommandée pour toute sortie en mer.

L’article 240-2.19 (arrêté du 11 octobre 2024) définit le contenu suivant.

ÉlémentPrésentationRemarque
Compresses de gaze stérilesPaquet de 5, taille moyenneNettoyage et protection des plaies
Chlorhexidine en solution localeUnidose 5 ml à 0,05 %Antiseptique de référence
Coussin hémostatique1 unité (type CHUT)Hémorragies abondantes
Bande auto-adhésiveRouleau 4 m, largeur 10 cmType Coheban
Pansements adhésifs stériles étanches1 boîte, 3 taillesProtection des petites plaies
Gants d’examen non stériles10 pairesProtection du sauveteur
Sparadrap1 rouleauMaintien pansements
Gel hydroalcooliqueFlacon 75 mlHygiène des mains
Couverture de survie1 unitéHypothermie, état de choc

Source : article 240-2.19, arrêté du 11 octobre 2024

Deux points importants figurent dans la fiche officielle du ministère de la Mer :

  • Les personnes souffrant d’antécédents spécifiques (allergies, asthme, pathologies cardiaques) doivent embarquer leur traitement d’urgence personnel.
  • Pour les enfants embarqués, des dosages adaptés ou des produits de substitution doivent être prévus en fonction de l’âge, sur avis du médecin traitant.

Tout complément est laissé à l’initiative du chef de bord. C’est précisément là que l’accidentologie entre en jeu.


Ce que l’accidentologie révèle sur les blessures à bord

Les chiffres du SNOSAN en 2024

En 2024, les CROSS ont déclenché 6 285 opérations de sauvetage en plaisance. Le bilan humain s’élève à 298 blessés, 35 décédés et 11 disparus. La chute à la mer reste la première cause de décès : 13 cas en plaisance à moteur, 6 en voile, 3 depuis des annexes.

Le rapport annuel du SNOSAN souligne que le port du gilet de sauvetage reste le moyen le plus efficace de lutter contre ces événements. Les contrôles en mer révèlent un défaut fréquent d’emport du nombre de gilets correspondant aux personnes à bord.

Les blessures les plus fréquentes

Une étude médicale menée sur des équipages de voiliers recense la répartition suivante des atteintes corporelles.

Type de blessureFréquenceZones concernées
Traumatismes des membres supérieurs20 casMains, poignets, épaules
Traumatismes des membres inférieurs20 casPieds, chevilles, genoux
Blessures à la tête et au cou7 casChoc bôme, winch, pont
Brûlures accidentelles8 casCuisine, échappement moteur
Brûlures solaires graves11 casExposition prolongée
Infections cutanées16 casPlaies souillées en milieu marin

Source : étude traumatologie à bord de voiliers, EM Consulte

L’endroit le plus accidentogène est le pont. La fréquence des blessures est inversement corrélée à l’expérience de l’équipage.

Les praticiens de médecine maritime confirment ces tendances et ajoutent à la liste :

  • Coupures par cordages sous tension, winches, couteaux de cuisine ou hélices
  • Contusions et hématomes après chute sur pont mouillé ou choc avec des équipements
  • Luxations d’épaule et entorses de cheville lors de manœuvres
  • Hypothermie après chute à la mer ou navigation prolongée en conditions fraîches

Risques spécifiques voile et moteur

Les risques à bord varient sensiblement selon le type de navigation.

RisqueVoileMoteur
Brûlures cuisineÉlevé (tangage au portant)Modéré
Brûlures moteur ou échappementFaibleÉlevé
Brûlures solairesÉlevé (longues traversées)Modéré
Traumatisme de bômeTrès élevéAbsent
Coupures cordages et winchesTrès élevéFaible
Chutes sur le pontÉlevé (pont incliné)Modéré
Hélice engagéeRareFréquent

En voile, les traumatismes de bôme représentent un risque grave : la vitesse d’un empannage non contrôlé peut provoquer un traumatisme crânien. En moteur, le compartiment moteur concentre les dangers thermiques, avec des températures dépassant 350 °C à l’échappement.

trousse de secours : aussi pour le winch !


Deux compléments indispensables à ajouter

La Division 240 ne prévoit ni gel brûlures, ni compresse brûlures, ni masque de réanimation. Ces trois absences correspondent aux deux types d’urgences les plus critiques identifiés par les données d’accidentologie.

Un kit brûlures

En mer, vous n’avez pas accès à 10 minutes d’eau courante froide ; c’est pourtant le protocole standard de premiers soins à terre. Un gel hydrogel de type Burnshield refroidit la brûlure immédiatement, protège les terminaisons nerveuses et limite le risque infectieux. Il fonctionne de manière autonome, sans eau.

Ce complément comprend :

  • 1 gel brûlures hydrogel, flacon de 50 ou 125 ml (type Burnshield)
  • 2 compresses brûlures imprégnées pour les zones étendues
  • 1 poche de froid instantané pour les contusions, hématomes et foulures

Conseil terrain
La cuisine est la zone à risque numéro un à bord. Une casserole d’eau bouillante dans 20 nœuds de vent au portant, c’est un scénario courant et redouté. Le gel brûlures est autonome et utilisable immédiatement : pas besoin de chercher un point d’eau douce.

Un masque RCP de poche

La chute à la mer conduit à un arrêt cardio-respiratoire qui nécessite une réanimation immédiate. En mer, les secours mettent entre 15 et 30 minutes à arriver. Sans RCP, les chances de survie diminuent de 7 à 10 % par minute. Un masque de poche permet d’effectuer les insufflations bouche-à-masque sans contact direct ; il protège le sauveteur et améliore l’efficacité des insufflations.

Ce complément comprend :

  • 1 masque de poche avec valve unidirectionnelle et filtre (type Laerdal Pocket Mask)
  • 1 masque pédiatrique si vous naviguez avec de jeunes enfants (type Laerdal Pediatric Pocket Mask)
  • 1 paire de gants supplémentaire, souvent incluse dans l’étui

Conseil terrain
Ce masque ne sert à rien si personne à bord ne maîtrise les gestes de premiers secours. La formation PSC1 dure 7 heures et inclut la RCP adulte et enfant. C’est probablement l’investissement le plus rentable pour la sécurité de votre bord, bien au-delà de n’importe quel équipement.


Naviguer avec des enfants : les spécificités médicales

La noyade est la deuxième cause de décès accidentel des enfants de 1 à 4 ans en France. En saison estivale 2024, 43 mineurs sont décédés par noyade, soit une hausse de 10 % par rapport à 2023. Ces chiffres justifient une vigilance renforcée dès qu’un enfant embarque.

Risques spécifiques à bord

  • Chute à la mer : mobilité imprévisible, centre de gravité bas, méconnaissance des dangers du bord
  • Brûlures : la peau infantile brûle plus vite et plus profondément ; toute brûlure chez un enfant de moins de 15 ans justifie une consultation médicale, même superficielle en apparence
  • Noyade retardée : un enfant sorti de l’eau après une semi-noyade peut développer des complications respiratoires dans les 1 à 24 heures suivantes ; tout enfant ayant bu la tasse doit être présenté à un médecin
  • Traumatisme de bôme : risque grave de traumatisme crânien en voile, particulièrement lors des empannages

Ce qu’il faut prévoir dans la trousse

  • Dosages médicaments adaptés à l’âge, préparés avec le médecin traitant avant l’appareillage
  • Masque RCP pédiatrique (Laerdal Pediatric Pocket Mask ou équivalent)
  • Gel brûlures : même produit que pour l’adulte, application identique
  • Crème solaire haute protection et chapeau, souvent sous-estimés en mer
  • Antihistaminique adapté à l’âge en cas de réaction allergique (piqûre, contact méduse)

Au-delà de la trousse, la première mesure de sécurité reste le gilet de sauvetage en mousse pour les enfants de moins de 30 kg (norme minimale 100 N). Il doit être équipé d’une sous-cutale, d’une poignée de repêchage et si possible d’un éclairage automatique.



Produits et kits recommandés

Voici une sélection de produits permettant de constituer ou de compléter votre trousse de secours bateau. Les liens vers les fiches produit seront ajoutés après publication.

Kits complets spécialisés

Ces trousses sont conçues pour le milieu maritime et disponibles chez les shipchandlers spécialisés.

KitContenu cléGel brûluresMasque RCPFroid instantanéPrix indicatif
Crewmedic 180 minComplet, hauturier, étanche flottanteOuiOuiOui55 à 70 €
Crewmedic 60 minNavigation côtière, étanche flottanteOuiÉcran facialOui30 à 40 €
Tamo zone côtièreBoîte rigide, 8 à 12 personnesOuiMasque bouche-à-boucheOui40 à 55 €
Medisafe Bateau côtierConforme Division 240, pochette souplePartielNonNon48 € TTC

Le Crewmedic 180 min est le seul kit de cette sélection qui intègre à la fois le gel brûlures, le masque de réanimation et la poche de froid. C’est le choix le plus complet pour une navigation semi-hauturière ou hauturière.

Composants séparés pour compléter une trousse existante

Si vous disposez déjà d’une trousse conforme à la Division 240, ces composants permettent de la compléter facilement.

ProduitFormatDisponibilitéPrix indicatif
Burnshield Hydrogel 125 mlFlaconSMSP, Amazon.fr, pharmacies8 à 12 €
Compresses Burnshield imprégnéesSachet individuelSMSP, Medisafe3 à 5 € pièce
Laerdal Pocket Mask adulteÉtui rigide, valve unidirectionnelleAmazon.fr, Daexal, revendeurs médicaux10 à 15 €
Laerdal Pediatric Pocket MaskÉtui souple, spécifique enfantMedisecur, revendeurs médicaux12 à 18 €
Poches de froid instantané (lot de 5)Usage uniqueAmazon.fr, pharmacies8 à 12 €

Une note sur Amazon France

Les kits nautiques certifiés conformes à la Division 240 sont rarement disponibles sur Amazon.fr avec une garantie de conformité réglementaire. Pour une trousse de base fiable, privilégiez les shipchandlers spécialisés : Orange Marine, Picksea, Navistore ou H2R Équipements. En revanche, les composants complémentaires (gel Burnshield, masque Laerdal, poches de froid) y sont disponibles à l’unité ou en lot ; c’est un moyen simple et économique de compléter une trousse existante.


Le CCMM : votre médecin en mer

Le Centre de Consultation Médicale Maritime de Toulouse est accessible gratuitement 24h/24, 7j/7. Vous pouvez le joindre par téléphone au +33 5 34 39 33 33 ou par VHF sur le canal 16 en passant par le CROSS. Il donne des conseils médicaux à distance aux plaisanciers en mer, y compris pour les urgences pédiatriques. Enregistrez ce numéro dans votre téléphone avant chaque appareillage.

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