La VHF portable marine est souvent achetée comme équipement de sécurité, puis rangée dans un coffre sans avoir jamais été correctement configurée. Résultat : en situation d’urgence, on cherche le bouton rouge, on ignore si la puissance est au bon niveau, et le message part dans le vent, au sens propre. Ce guide couvre les réglages essentiels et les bons gestes pour que votre radio soit vraiment opérationnelle quand elle doit l’être.
Puissance d’émission : comprendre le réglage Hi/Lo de votre VHF portable marine
Le bouton Hi/Lo (parfois noté H/L) contrôle la puissance d’émission de la radio. En mode High, une VHF portative émet à sa puissance maximale, soit 5 à 6 watts selon les modèles. En mode Low, elle descend à 1 watt.
La règle d’usage est simple : Low par défaut, High dès que la distance augmente ou que les conditions météo se dégradent. En mode Low, le signal suffit amplement pour des échanges à faible portée et évite d’encombrer inutilement la bande radio. Passer systématiquement en High pour toute communication n’améliore pas la qualité, cela gêne simplement les autres utilisateurs sur les canaux voisins.
En navigation fluviale, la réglementation française impose d’émettre à 1 watt maximum : le mode Low est alors obligatoire dans tous les cas.
Sur le canal 16 et en situation de détresse, une vérification s’impose : contrairement à certaines VHF fixes qui forcent automatiquement la puissance maximale sur ce canal, les VHF portatives ne bloquent pas ce réglage. Avant d’émettre un MAYDAY ou de répondre à une urgence, confirmez que vous êtes en High. C’est un geste réflexe à acquérir avant de prendre la mer.
Le squelch : régler le bon seuil d’écoute
Le squelch (noté SQL sur certains écrans) est le filtre de seuil qui coupe le bruit de fond radio en l’absence de signal. Sans lui, la VHF émet un souffle permanent entre les communications. Mais un squelch mal réglé a des conséquences directes sur la sécurité à bord.
Trop fermé, il filtre aussi les signaux de faible niveau : un appel lointain, une alerte émise par un navire en difficulté à plusieurs milles. Trop ouvert, il laisse un bruit permanent qui fatigue l’équipage et masque les communications importantes.
La méthode de réglage : réduire progressivement le squelch jusqu’à entendre le souffle radio, puis le remonter juste suffisamment pour que le bruit disparaisse. Ce point minimal garantit la meilleure sensibilité possible. En pratique, la majorité des plaisanciers ferment trop leur squelch : ils croient surveiller le canal 16 alors qu’ils ne captent plus rien au-delà de 2 milles.
Canal 16 : la veille permanente est obligatoire depuis 2025
Le canal 16 (156,800 MHz) est le canal international de détresse, d’urgence et d’appel. Depuis le 1er janvier 2025, la Division 240 (arrêté du 11 octobre 2024, article 240-2.07) impose à tout navire équipé d’une VHF de maintenir une veille permanente sur le canal 16 lorsqu’il est en mer.
Ce canal n’est pas un canal de conversation. On l’utilise pour les MAYDAY, les messages PAN-PAN, les bulletins de sécurité et pour établir le premier contact avec un interlocuteur, puis on dégage immédiatement vers un canal de travail. Maintenir une conversation sur le 16, c’est bloquer potentiellement un appel de détresse en cours.
Conseil terrain
Des conversations ont été parfois impossibles avec des navires dont le squelch était trop fermé, ou qui naviguaient sur un canal de travail sans double veille activée. Le canal 16 doit être écouté en permanence, pas consulté de temps en temps.
Canaux simplex et duplex : une distinction qui change tout
Comprendre la différence entre ces deux types de canaux évite des erreurs de communication fréquentes chez les plaisanciers.
Un canal simplex utilise la même fréquence dans les deux sens. Les deux interlocuteurs ne peuvent pas parler en même temps : on parle, on relâche le PTT, on écoute. C’est le fonctionnement de tous les canaux navire-navire et du canal 16.
Un canal duplex utilise deux fréquences distinctes : une pour émettre depuis le navire, une autre pour recevoir depuis la station côtière. Ces canaux sont réservés aux communications entre un navire et une station côtière (CROSS, capitainerie, CRS). Et c’est là qu’une erreur classique apparaît : si deux plaisanciers se donnent rendez-vous sur un canal duplex, ils n’entendront pas leur interlocuteur. Chaque navire émet sur la même fréquence sans jamais recevoir sur celle-ci: la communication entre navires est physiquement impossible sur un canal duplex.
Les principaux canaux à connaître :
| Canal | Type | Usage |
|---|---|---|
| 16 | Simplex | Détresse, urgence, appel. veille obligatoire |
| 6 | Simplex | Communications entre navires |
| 8 | Simplex | Communications entre navires |
| 9 | Simplex | Ports de plaisance, capitaineries |
| 70 | Simplex (numérique) | ASN/DSC uniquement |
| 72 | Simplex | Communications entre navires |
| 77 | Simplex | Communications entre navires |
| 80 | Duplex | CROSS France (navire → station côtière uniquement) |
Source : Règlement des radiocommunications de l’Union internationale des télécommunications (UIT)
Double veille et balayage prioritaire
La double veille (Dual Watch) permet à la radio de surveiller en alternance rapide le canal sélectionné et le canal 16. Si le 16 reçoit un signal, il prend automatiquement la priorité. C’est le réglage minimum pour toute sortie en mer.
La triple veille ajoute un troisième canal mémorisable, typiquement le canal de la capitainerie locale ou du CROSS de la zone de navigation. Le balayage prioritaire (Priority Scan) parcourt tous les canaux en intercalant systématiquement le canal 16 à chaque passage.
En pratique : activez la double veille dès l’appareillage, mémorisez le canal du CROSS ou de la capitainerie dans le canal préférentiel, et ne désactivez jamais la priorité canal 16 pendant la navigation.
Attention, si on doit émettre sur un canal secondaire, cela désactive le plus souvent la double veille.
L’ASN : configurer avant de naviguer
L’ASN (Appel Sélectif Numérique, ou DSC en anglais) transforme la VHF en dispositif de détresse actif. Un appui de 3 à 5 secondes sur le bouton DISTRESS rouge envoie un message numérique codé sur le canal 70, identifiant le navire par son MMSI et, si la radio est couplée à un GPS, transmettant sa position exacte aux secours.
Deux conditions doivent être remplies avant de naviguer. D’abord, programmer le MMSI (Maritime Mobile Service Identity), un identifiant à 9 chiffres obtenu gratuitement lors de la demande de licence auprès de l’ANFR. Sans MMSI programmé, l’alerte ASN ne peut pas s’identifier : elle est reçue, mais anonyme. Certaines VHF sont de plus réglées en usine pour ne pas envoyer d’ASN si le MMSI n’est pas entré (ICOM par exemple). La procédure complète est détaillée dans notre guide enregistrer sa VHF à l’ANFR. Ensuite, s’assurer du couplage GPS. C’est là que se joue l’utilité réelle de l’ASN.
Sans position GPS, l’alerte part presque dans le vide
Une alerte ASN sans coordonnées GPS transmises est considérablement moins exploitable. Le CROSS reçoit le MMSI: il peut identifier le navire et son propriétaire, mais ne sait pas où chercher. Sur une zone côtière, cela représente des dizaines de milles carrés de mer à couvrir.
Les alertes ASN sans position GPS représentent une part trop importante des alertes reçues. En l’absence de coordonnées, les sauveteurs doivent lancer une procédure de recherche en aveugle ou attendre un appel vocal complémentaire sur le canal 16. Chaque minute perdue à localiser le navire compte. Un GPS intégré à la VHF portable, ou couplé via NMEA 0183 ou NMEA 2000, transmet automatiquement les coordonnées dans le message ASN. C’est un critère de choix prioritaire, pas un confort.
Renseigner la nature de la détresse
L’alerte par appui long (3 à 5 secondes sans menu) envoie une alerte de type non précisée. Les secours savent qu’un navire est en difficulté, mais pas de quelle nature.
Si la situation laisse quelques secondes (voie d’eau progressive, urgence médicale, problème de propulsion en approche de dangers), il est préférable de naviguer dans le menu pour sélectionner la nature parmi les catégories normalisées : homme à la mer, incendie/explosion, voie d’eau, abandon du navire, urgence médicale, entre autres. Un CROSS qui reçoit une alerte « homme à la mer » ne mobilise pas les mêmes moyens ni la même tactique de recherche qu’une alerte « voie d’eau ». Cette information oriente immédiatement les secours et réduit le temps d’intervention.
La procédure de ce menu varie selon les fabricants. Elle doit être pratiquée avant de naviguer, pas découverte sous stress. De plus, formez au moins une autre personne à l’utilisation courante de ce matériel.
Le polling ASN
La fonction polling (demande de position) permet à une station d’interroger à distance une VHF ASN pour obtenir sa position GPS. La VHF interrogée répond automatiquement avec ses coordonnées si elle est configurée en réponse automatique.
Le CROSS peut utiliser cette fonction pour localiser un navire dont la position n’était pas transmise dans l’alerte initiale, ou pour suivre l’évolution de la situation en temps réel. À bord, un skipper peut également l’utiliser pour localiser un équipier parti en annexe ou pour vérifier la position d’un bateau ami. La réponse automatique au polling se configure dans les menus avancés du modèle : vérifiez qu’elle est bien activée.
Conseil terrain
En intervention, les alertes ASN avec position GPS permettent un positionnement immédiat sur la cartographie du bord. Celles sans position entraînent systématiquement un délai, parfois critique, pour établir la zone de recherche et retrouver le navire. Sur un radeau de survie ou dans l’eau avec une VHF accrochée au gilet, vous ne serez pas en état de corriger l’omission. L’ASN avec GPS intégré n’est pas une option : c’est ce qui rend l’alerte exploitable.
Portée réelle : ce que la physique impose
La VHF se propage en ligne de mire : le signal est bloqué par la courbure de la terre, les falaises et les reliefs côtiers. La hauteur des antennes est le facteur déterminant, bien plus que la puissance d’émission.
La formule approchée couramment utilisée est D = 2,2 × (√H₁ + √H₂), avec H₁ et H₂ les hauteurs d’antenne en mètres et D le résultat en milles nautiques.
| Configuration | Portée indicative |
|---|---|
| Portable ↔ portable (tenue à la main) | 2 à 3 milles |
| Portable ↔ station côtière surélevée | 3 à 5 milles |
| VHF fixe (antenne rollbar ~5 m) ↔ portable | 5 à 8 milles |
| VHF fixe (tête de mât ~18 m) ↔ VHF fixe | 15 à 20 milles |
| VHF fixe ↔ CROSS ou sémaphore côtier | 25 à 40 milles |
Passer de 1 watt à 6 watts améliore marginalement la portée. Élever l’antenne de 1 m à 5 m la double. Sur une VHF portative tenue à hauteur de cockpit, la portée restera limitée quelle que soit la puissance: c’est une contrainte physique, pas une limitation du matériel.
Dragonne et micro face au vent : deux gestes pratiques
La dragonne : un accessoire de sécurité, pas de confort
La dragonne maintient la radio au poignet ou attachée au gilet. En cas de mouvement brusque sur le pont, de chute ou d’homme à la mer, elle évite de perdre la seule VHF disponible. Elle permet aussi de laisser pendre la radio lors d’une manœuvre sans la poser dans un endroit instable. Lors des quarts de nuit ou par mauvais temps, accrocher la portable directement au harnais ou au gilet gonflable est fortement recommandé.
Micro face au vent : la technique qui change la réception
Tenir le micro directement face au vent génère un bruit de souffle qui rend le message partiellement ou totalement incompréhensible pour le CROSS ou l’interlocuteur. La technique : tenir la VHF à 2-3 cm de la bouche, micro légèrement orienté de côté ou sous le vent, en protégeant l’ouverture avec la main courbée en coupe-vent naturel. Parler lentement et distinctement, à voix normale, crier ne fait qu’augmenter la distorsion. Pour les communications importantes (appel de détresse, information à la capitainerie), descendre quelques secondes sous le capot si la situation le permet.
VHF portable et VHF fixe : des rôles complémentaires
La VHF fixe offre 25 watts de puissance et une antenne montée en hauteur (rollbar ou tête de mât), ce qui lui confère une portée de 20 à 40 milles selon la configuration. Elle est alimentée par le circuit électrique du bord et fonctionne en continu.
La VHF portable n’a pas vocation à la remplacer, mais à la compléter dans des situations où la fixe ne peut pas intervenir :
- Homme à la mer : l’équipier tombé à l’eau peut déclencher une alerte ASN ou appeler sur le canal 16 depuis l’eau, avec la portable accrochée à son gilet. La VHF fixe, elle, reste sur le bateau.
- Annexe et débarquement : communication avec le bateau-mère ou la capitainerie sans contrainte de câblage.
- Panne électrique : la portable avec sa propre batterie reste opérationnelle quand le circuit du bord est hors service. Il faut bien sûr veiller à la maintenir chargée.
- Radeau de survie : certains modèles conformes SMDSM sont spécifiés pour un usage en radeau.
La Division 240 (arrêté du 11 octobre 2024) reflète cette complémentarité : la VHF fixe est obligatoire au-delà de 6 milles, et la VHF portable étanche s’y ajoute à partir de 60 milles. L’une ne dispense pas de l’autre.
Test de fin de chapitre
Parce qu’un bon briefing doit toujours être suivi d’une vérification, voyons à présent si vous avez bien suivi. Sur cette photo prise par l’équipe sur 4 VHF, une seule est mal réglée : saurez-vous la retrouver?


